Diagnostique de la langue en médecine ayurvédique

La langue est l’organe du goût et de la parole. Sa taille, sa forme, ses contours, sa surface, sa marge et sa couleur sont des caractéristiques à observer. Une langue pale peut indiquer une anémie ou un manque de sang. Une langue jaunâtre peut suggérer un excès de bile dans la vésicule biliaire ou un problème du foie. Une langue bleue indique un problème cardiaque.

Les différents endroits de la langue correspondent à différents organes du corps. Donc grâce à la place des défauts sur la langue, le praticien ayurvédique peut déterminer quels organes du corps sont déséquilibrés.

Une langue blanchâtre indique un déséquilibre du kapha et une accumulation de mucus. Une langue rouge ou jaune/vert indique un déséquilibre du pitta. Un déséquilibre du vata se manifeste par une langue marron ou noire.

S’il y a un dépot sur la langue, cela peut indiquer la présence de toxines dans l’estomac, l’intestin grêle ou le gros intestin. Si la partie arrière de la langue est recouverte d’un dépot, cela indique la présence de toxines dans le gros intestin. Si le dépot est sur le milieu de la langue, les toxines sont présentes dans l’estomac et dans l’intestin grêle.

Critique d’un Shirodhara ayurvédique

Introduction

En Occident, on n’a pas l’habitude de passer en consultation pendant 30 minutes avant de se faire masser ; en Inde, il est hors de question de pratiquer un traitement ayurvédique sans un entretien approfondi préalable. Donc, pendant mon séjour à Delhi, lorsque j’ai confié aux employés du spa de l‘hôtel que je souhaitais découvrir les « vrais » massages indiens, ils m’ont fixé un rendez-vous avec un spécialiste en ayurvédique.

Qu’est-ce que le Shirodhara ?

L’Ayurveda est une médecine naturelle ancestrale qui nous vient d’Inde. Elle se base sur le principe selon lequel non seulement le corps et l’esprit influent l’un sur l’autre, mais ils sont l’un et l’autre. Impossible donc de guérir un mal physique sans traiter l’esprit, et vice-versa.

Le Shirodhara est l’une des évolutions de cette médecine holistique hindoue. Ce terme sanscrit est en fait la combinaison de deux mots : « shiro », qui veut dire « tête », et « dhara », « le flux ».

Une huile de fragrance chauffée coule de manière régulière sur le « troisième œil », soit sur le front ; ensuite, on pratique un massage du crâne, et suivant le traitement, d’autres parties du corps.

Quels sont les bienfaits du Shirodhara ?

Il est très relaxant et vous laisse calme et la tête vide en exploitant le flux d’énergie qui parcoure votre corps.

À quoi a ressemblé le soin ?

La veille, j’ai rencontré le médecin, qui a bien insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un traitement médical dans le sens où nous, occidentaux, l’entendions ; son but est d’harmoniser le corps et l’esprit. Le traitement est adapté à chacun pour qu’il soit efficace ; il fallait donc définir de quel type était mon corps.

Les questions qui m’ont été posées ne se limitaient pas au traditionnel « êtes-vous stressé » ou « souffrez-vous d’un endroit en particulier » ; on m’a également demandé ce que j’aimais manger, si je m’endormais rapidement une fois au lit, si je faisais des rêves et comment je travaillais. Le médecin a aussi pris mon pouls en me disant qu’il le « sentait » aussi pour définir quel genre de personne j’étais. Côté professionnel, il m’a définie comme perfectionniste à tout prix, et a parlé de ma façon de gérer le stress. En résumé, je suis « pitta » du type « feu et eau » (passionnée et romantique, mais aussi têtue, arriviste et qui a toujours son mot à dire. C’est tout moi.)

Il m’a ensuite prescrit un traitement adapté : un massage à huile (Abhayanga), un peu de Shirodhara, au cours duquel on fera goutter de l’huile sur mon front pour détendre les nerfs et rééquilibrer le Prana Vata, le dosha qui contrôle le cerveau. Il m’a également expliqué que deux thérapeutes allaient travailler sur moi, un homme et une femme, et m’a demandé si cela me posait problème. Un bon espion Spa n’est pas timide. Je pense qu’en altérant le flux d’un traitement oriental avec des préceptes occidentaux, on altère également l’efficacité du traitement. Si des professionnels sont à l’aise dans leur travail, alors, moi, simple amateur, je peux m’en remettre complètement à eux.

Le lendemain, je revenais pour bénéficier du traitement. Mon docteur m’a accompagné dans la salle pour me parler des différentes huiles que les thérapeutes, Shanti et Bala, allaient m’appliquer. Il a ouvert les flacons et me les a fait sentir ; toutes avaient un parfum chaud, une odeur d’herbes, mais pas épicée, ni citronnée. Elles m’ont rappelé les repas du dimanche lorsque j’étais enfant, l’odeur de la cuisine et de la chaleur. Ce fut étrange, et cette sensation s’est reproduite plusieurs fois au cours du traitement.

Ensuite, le docteur est parti, et m’a laissée avec Shanti, la masseuse, qui a tamisé les lumières : seules deux bougies n’ont pas été éteintes. Elle m’a ensuite expliqué comment allait se dérouler la séance. Elle m’a demandé si je souhaitais que toutes les parties de mon corps soient massées. Je lui ai dit que je n’étais pas prude et que je lui faisais entièrement confiance. (Elle m’a répondu qu’ils se devaient de poser la question, pour que la cliente ne soit pas surprise par le fait qu’un homme lui masse les seins au milieu du traitement, sans quoi elle pourrait se mettre en colère.)

Une fois les règles de base établies, j’ai posé tous mes vêtements sur une chaise. Shanti m’a ensuite fourni un morceau de tissu qui ne cachait que l’essentiel qu’elle a attaché autour de mes hanches avec des rubans. C’est un peu comme se faire habiller par sa mère quand on est petit. Elle m’a ensuite guidée jusqu’à la grande table en marbre au centre de la pièce (j’étais rassurée de voir qu’il y avait des marches de l’autre côté, car elle est assez haute et je me demandais si j’arriverais à grimper dessus en sautant). Mais aucune raison de s’inquiéter : Shanti m’a pris la main, m’a guidée jusqu’aux marches et m’a placée, assise sur le rebord avec les pieds sur les marches. Elle m’a ensuite demandé si elle pouvait faire entrer Bala ; j’ai acquiescé et elle lui a ouvert la porte. Il s’est placé derrière moi. Le traitement a commencé avec un petit rituel au cours duquel il m’a touché les pieds, les mains et le front. Puis, alors que j’étais toujours assise, tous deux m’ont massé ensemble les bras, les épaules, les jambes et chaque vertèbre de ma colonne.

Après un moment, Shanti m’a fait m’allonger. Le marbre était un peu froid, mais au fur et à mesure qu’ils faisaient couler de l’huile chauffée sur mes membres et me massaient en synchronisation, je me suis réchauffée. En Occident, nous avons l’habitude des massages lents et relaxants qui se concentrent sur une certaine partie du corps à la fois. Celui-ci était plus rapide, et m’a beaucoup fait penser au lomi-lomi, un massage hawaïen qui parcoure le corps des pieds à la tête sans interruption. Lorsque quatre mains sont en action, impossible de savoir laquelle fait quoi, et même combien il y en a exactement. Le massage ressemble juste à une danse très gracieuse. Shanti était en tête, et lorsqu’elle passait d’un mouvement à un autre (qu’elle passait des pieds aux mollets, par exemple), Bala faisait de même une microseconde plus tard. Puis ils ont de nouveau synchronisé parfaitement leurs mouvements.

Une fois le devant « fini », ils m’ont allongée sur le ventre. Il m’a fallu un coup de main, car j’étais toute huileuse, et le marbre très glissant. Encore une fois, j’ai eu l’impression de me remettre complètement entre leurs mains, ce qui m’a aidée à me détendre et tout oublier. Puis ils m’ont de nouveau allongée sur le dos et m’ont placée en haut de la table pour que ma tête se trouve exactement sous le verseur d’huile shirodhara. Shanti a placé un bandeau au-dessus de mes yeux pour que l’huile ne coule pas dedans et a couvert le reste de mon corps avec des serviettes en coton. Comme l’huile coulait continuellement sur mon front, j’étais on ne peut plus détendue. Ils ont chuchoté un peu en Hindi ; sûrement parlaient-ils de la température de l’huile, puisque Shanti m’a demandé si elle n’était pas trop chaude. À part ça, aucune distraction et rien d’autre à faire que de savourer la sensation de l’huile sur ma peau.

Le traitement a duré deux heures, même s’il m’a semblé bien plus court. Le rythme, la douceur de l’huile, la sensation d’être entre de bonnes mains et de pouvoir se laisser aller, tout cela était incroyablement relaxant. Après ces quelques heures si vite écoulées, il fallait que je me lève de la table en marbre et que je retourne dans le monde réel. Bala a quitté la pièce et Shanti m’a amenée dans un petit bain de vapeur dans le coin de la pièce. J’y suis restée dix minutes, pendant lesquelles j’ai laissé les fragrances des huiles me détendre tout en me réveillant de ce rêve merveilleux. Elle m’a ensuite frottée avec de la poudre de citron avant que je me douche pour me débarrasser des huiles.

J’étais prête à me rhabiller. Ce fut un vrai déchirement de quitter cette pièce éclairée à la bougie pour retrouver les spots puissants de la réception. Mais je n’avais pas le choix.

Comment me suis-je sentie après ?

Calme, l’esprit libre et la tête vide.

Est-ce que je recommencerai ?

Maintenant que je sais en quoi consistent les massages ayurvédiques, je suis une adepte. J’aimerais pouvoir dire que le traitement a soulagé toutes les douleurs que je ressentais, mais j’imagine que des changements concernant mon style de vie sont nécessaires pour qu’il soit vraiment efficace. Ou alors, faire toute une cure de massages ayurvédiques. En tout cas, je renouvellerai l’expérience. Mettez de côté votre pudeur, cela en vaut vraiment la peine.

Ayurvéda et chirurgie

Depuis ses débuts, que l’on situe vers le 6e siècle avant J.-C., la médecine ayurvédique a développé des techniques de chirurgie, et utilisé des instruments chirurgicaux. C’est l’une de ses huit spécialisations, appelée Salya-cikitsa. La médecine ayurvédique va donc bien au delà de la simple médecine douce fondée sur les massages, la ou le bien être.

L’ encyclopédie de médecine ayurvédique, Charaka Samhita, le plus ancien témoignage écrit de ces pratiques, évoque déjà une clinique et son équipement, ainsi qu’une école de médecins et une école de chirurgiens. Ces faits ont été de nouveau décrits plus tard par le pèlerin chinois Fa Hsien (337 – 422), contemporain de l’empire de Gupta (320 – 550) : il fut frappé par l’institutionnalisation de la médecine en Inde.

Les traités de médecine de Sushruta et Charaka ont fait l’objet de traductions en langue arabe sous le califat des Abbassides, vers 750, et voyagèrent ensuite jusqu’en Italie et dans le reste de l’Europe. La famille Branca de Sicile et Gaspare Tagliacozzi de Bologne se sont ainsi familiarisés avec les techniques de Sushruta.

Les médecins britanniques se sont rendus en Inde pour assister à une rhinoplastie réalisée selon les méthodes locales. Des articles sur la rhinoplastie des Indiens ont été publiés dans le Gentleman’s Magazine en 1794. Joseph Constantine Carpue a passé 20 ans en Inde pour étudier les méthodes locales de chirurgie plastique. Carpue a été en mesure de réaliser la première intervention chirurgicale majeure du monde occidental en 1815. Les instruments décrits dans le Sushruta Samhita ont été plus tard modifiés en Occident.

L’alcool et l’opium étaient utilisés comme narcotiques pour anesthésier les patient-es avant une opération de chirurgie plastique ou de chirurgie de la cataracte, par exemple.

En Inde, la chirurgie de la cataracte était réalisée avec un instrument spécial appelé Jabamukhi Salaka, une aiguille courbe utilisée pour abaisser le cristallin et repousser la cataracte en dehors du champ de vision. L’œil était ensuite enduit de beurre chaud et recouvert d’un pansement.

Si la médecine ayurvédique est assez controversée aujourd’hui, et considérée comme une médecine alternative et complémentaire, il est indéniable qu’elle a très largement contribué au développement de la chirurgie moderne.